Pour la cinquième année, le miracle prend forme sous la baguette de la cheffe d’orchestre Cloé Meyzie et avec l’imagination visuelle de Gersende Michel. L’Opéra Dordogne Périgord (nouveau nom du Labopéra), reparti d’une page blanche à l’automne, se monte au fil des mois de répétitions et de travaux préparatoires. D’abord, avec de véritables amateurs issus d’ensembles vocaux, d’orchestres locaux et d’ateliers d’apprentissage pour les décors et costumes, encadrés par des enseignants motivés.
Ces bénévoles sont rejoints le dernier mois par des professionnels embauchés pour l’occasion. Dans cette dernière ligne droite, comme une transmutation alchimique fait naître une œuvre de qualité qui n’a rien à envier aux grandes scènes régionales. La version 2026 a misé sur la Bohème de Puccini, qui se déroule dans le Paris de 1830, dans le milieu d’artistes sans le sous.

Christophe Berry, ténor, vétéran des solistes, 30 ans de métier, se dit comblé de chanter le rôle de Rodolfo, avec l’un des airs les plus connus de la Bohème, “Che gelida manina”, qu’avait magnifié une interprétation de Pavarotti. « J’en rêvais, j’ai même donné ce prénom francisé à mon fils. Sera une première pour ma part, une prise de rôle. Cet opéra est une bonne occasion de ses tester ».
L’artiste raconte volontiers son parcours débuté par un CAP d’ébéniste avant de devenir chanteur lyrique. Lui qui est passé sur de nombreuses scènes européennes, se dit heureux de l’ambiance et du travail mené à Périgueux : « ils sont au top. » Avec l’équipe des solistes dont il a déjà croisé certains membres, l’ambiance est joyeuse, voire potache. Ce qui leur va bien, car ils incarnent dans cette pièce une « bande de potes ».
Entre amateurs et professionnels
L’arrivée des solistes est un moment fort pour la metteuse en scène Gersende Michel qui accompagne l’aventure depuis les débuts du Labopéra. Les répétitions s’enchainent à rythme soutenu dans des salles de réunions de Boulazac, sans costumes et sans éclairages. La metteuse en scène a déjà tout en tête. Les choristes qui assurent la figuration des scènes de rue et de cabaret ont jusqu’alors répété sans les têtes d’affiche. Désormais, tout le monde doit se mettre en place. « L’enjeu est de créer cette cohésion entre tous, de faire circuler l’énergie. Nous avons toujours la chance de recruter des solistes bienveillants et sans problèmes d’égo, même s’ils ont de belles carrières. Ils savent d’où ils viennent. » Cette alchimie profite à tous.

Le challenge est de diriger naturellement les mouvements de groupes qui accompagnent et font vivre l’histoire, autour des solistes. Contrairement à d’autres opéras, la Bohème a moins de scènes chantées par les chœurs, ce qui leur permet d’être moins statiques sur la scène. Ces figurants costumés donnent de la vie et le cachet du XIXe siècle à la pièce. Ils s’amusent bien à participer à ces scènes qui valorisent les solistes.
Comme chaque année, l’opéra s’appuie sur de nombreux établissements d’enseignement. Apprentis et lycéens sont dans la boucle pour assurer costumes, maquillages, fabrication des décors et des accessoires, mais également participer à l’organisation comme l’accueil.
Participatif et pédagogique
Pour ceux qui ont mal suivi les épisodes précédents depuis 2021, cette opération de création d’opéra est participative à tous les niveaux. Les jeunes des établissements volontaires (une douzaine cette année dans toute la Dordogne et à Bordeaux), sont familiarisés avec la musique de l’opéra, assurent fabrications ou services et sont mis en lumière tout au long de l’année par des présentations publiques. La dernière s’est déroulée au lycée agricole de Coulounieix-Chamiers.
Charpentiers et peintres du lycée des métiers de Chardeuil à Coulaures ont réalisé des éléments de décor en maîtrisant des difficultés techniques ; réaliser une arche en bois, peindre des lettres et savoir rechampir (sans déborder). Parmi les volontaires, il y avait même des jeunes migrants juste arrivés qui ont appris plus vite la maîtrise de la peinture que celle du français. Les élèves de Thiviers ont réalisé des chariots tout en bois, avec la difficulté de réaliser des roues. L’opéra mène à tout.

Pour la plupart, les jeunes découvraient à cette occasion une autre musique et une autre culture que celle de leur quotidien. Ils seront bien entendu dans la salle du Palio le soir de la répétition générale pour écouter toute l’œuvre en guettant le moment où leur travail est sous les feux des projecteurs.
Comme chaque année, Chloé Meyzie, la cheffe d’orchestre, n’a pas fait de concession sur la qualité artistique de cet opéra exigeant, avec un orchestre symphonique complet à diriger. Pas question, comme cela a pu être fait dans certaines régions, de donner une version en français d’un opéra italien. L’histoire et l’action sont expliquées, mais la mélodie de la langue d’origine était importante à conserver.
L’opéra apporte aussi un autre regard aux artistes professionnels qui participent : elle les fait sortir de leur zone de confort et du milieu branché sur l’art lyrique qu’ils fréquentent habituellement. Même si certains avouent avoir été musiciens de rock !
Un spectacle vivant accessible
Chaque année, plus de 7 000 personnes assistent aux deux représentations publiques de l’opéra Dordogne Périgord, en investissant la grande salle du Palio de Boulazac, avec un orchestre symphonique complet et des dizaines de choristes et figurants. Une opération coûteuse à réaliser avec une budget de plus de 350 000 euros à réunir entre mécénat d’entreprises, subventions publiques et billetterie pour permettre des prix de place accessibles pour tous.

Il est temps de réserver, les dates 2026 approchent vite : le samedi 25 avril à 20 heures, puis dimanche 26 avril à 16 heures. Places de 20 à 50 euros. On peut les choisir sur plan sur le site du Palio.
Réservations ouvertes sur la plupart des sites de billetterie en ligne et dans les grandes surfaces de la région.
Grâce à un partenariat avec l’opéra de Limoges, un billet pour ces deux représentations permettra d’obtenir une réduction de 20 % sur les spectacles de la scène limousine.









