MAGIQUE. Depuis le début de l'été et jusqu'au 2 novembre, les créations de Bernard Pras font drôlement illusion au Pôle d'interprétation de la Préhistoire, aux Eyzies. Ses "éclats de mémoire" frottent l'imagination du visiteur aux silex des origines et aux cieux de l'éternité. Derrière le sourire, réflexion en profondeur garantie.
L’anamorphose, c’est tout un art, et Bernard Pras est un maître en la matière. De prime abord, l’assemblage hétéroclite n’a l’air de rien : question de point de vue. Unique ! Il suffit de se placer au bon endroit, en ligne de mire, pour que l’œuvre prenne toute sa dimension.
Bernard Pras, qui avait carte blanche pour une création, a placé au cœur du Pôle d’interprétation de la Préhistoire, à ce qui rattache l’humanité à ses racines les plus anciennes, une vision de l’espace infini à conjuguer au futur, avec l’apparition d’un homme (ou d’une femme), explorateur du cosmos. Un raccourci monumental digne de 2001, L’Odyssée... Audace supplémentaire, l’artiste a composé cette œuvre avec des objets de récupération issus de cette vallée où les chercheurs continuent à étudier les trésors de l’humanité qu’on y a trouvé… Que trouvera-t-on après notre civilisation ? Des éclats de plastique dans l’espace ?
L’artiste, illusionniste, ouvre les portes de la perception et chaque visiteur prend part à la performance qu’il propose. Bien installée entre le temps et l’espace, sa combinaison en dit long sur les gestes de nos ancêtres, habiles à transformer la matière à portée de main, autant que sur le devenir de nos inventions actuelles. Il appartient à chacun d’aborder l’ensemble tout en détaillant les parcelles. L’artiste a œuvré in situ, en résidence, collectant alentour des fragments oubliés de notre quotidien, et « chaque élément, trié, manipulé, assemblé, devient éclat d’un tout : une image fragile mais saisissante, née d’un chaos organisé ».
Conquête (très) spéciale
Cette expérience visuelle et sensorielle s’inscrit dans le programme conduit cette année par le Pôle pour conjuguer arts et sciences : les aventuriers des origines et ceux du futur y fusionnent en un clin d’œil. Pour réunir les éléments nécessaires à cette œuvre poétique et puissante, l’artiste habitué à prélever pour chaque création dans le proche environnement qui l’accueille, a fréquenté les ressourceries de l‘association Les Récup’acteur, structure du Périgord noir qui donne une seconde vie aux objets depuis 2009.
• Six autres œuvres de l’artiste ainsi que des photographies d’autres créations sont à découvrir au Pôle jusqu’au 2 novembre (entrée libre).
Détournements
« Diplômé des Beaux-Arts de Toulouse, Bernard Pras est une figure majeure de la scène artistique contemporaine. Depuis les années 1990, il détourne les objets du quotidien pour recomposer des portraits ou des scènes mythiques, dont la lecture ne s’effectue que sous un point de vue spécifique. Ses installations sous forme d’inventaires réinterprètent des images connues de l’histoire de l’art comme la Crucifixion, ou forment des portraits d’artistes et personnages contemporains dont Salvador Dali, Einstein, Van Gogh, Jimi Hendrix, Jacques Dutronc…
Dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture en 2013, il a réalisé un portrait de Zinédine Zidane, une installation de 60 m2 composée de linge qui sèche aux fenêtres, comme à Marseille, d’une centaine de paires de baskets et autres objets de récup.
Bernard Pras a exposé dans de nombreux musées et galeries à travers le monde, notamment le Centre Pompidou (Paris) : exposition collective sur l’art et la récupération (2011) ; MoMA (New York) : événement autour de l’anamorphose contemporaine (2015) ; musée des Beaux-Arts de Montréal (Canada): rétrospective personnelle (2018) ».
C’est grâce aux partenariats croisés de nos soutiens économiques, choisis dans une même attention au bien commun, que nous pouvons proposer un accès libre et gratuit à BIEN en Périgord.