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Femmes : un long chemin vers l’égalité

Valérie de Pauw (en blanc) lors de son intervention © H.C.
8 MARS. Dans le cadre d'une soirée thématique organisée en prélude à la journée internationale des droits des femmes, le Club de la presse du Périgord accueillait Valérie de Pauw, déléguée départementale aux droits des femmes et à l'égalité, pour un rappel (toujours nécessaire !) des principales avancées dans les dernières décennies.

L’intervention de Valérie de Pauw s’inscrit dans le cadre d’un café média organisé dans le cadre des manifestations qui vont émailler l’année du 40e anniversaire du Club de la presse du Périgord. Ce premier rendez-vous, dédié aux femmes dans la presse — celles qui la font et celles dont il est question (à suivre dans un prochain article) —, a permis de resituer les contours d’une société qui a profondément changé pour les femmes en 40 ans… même si les inégalités combattues sur le papier sont encore à l’œuvre sur le terrain.

« Alors, c’était comment il y a 40 ans du côté de l’égalité ? » interpelle la déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité avant quelques indispensables rappels. En premier lieu, plus loin encore dans le temps, la loi du 13 juillet 1965 (il y a quasi 60 ans) est déterminante puisqu’elle autorise la femme mariée à ouvrir un compte bancaire en son nom et à travailler sans le consentement de son mari, au même titre qu’une célibataire ou une veuve.

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« En 1966, les femmes ont le droit à la formation professionnelle continue des mères de famille et en 1972 une loi pose le principe de l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes pour les travaux de valeur égale. Donc vous comprenez qu’il y a 40 ans en France l’égalité entre les femmes et les hommes existait déjà dans les textes. Mais dans la réalité ? C’était une autre histoire. Dans les entreprises, les femmes gagnaient en moyenne 25 % de moins que les hommes (pour 15% de moins aujourd’hui). En politique, elles représentaient à peine 10 % des députés, à peine 4 % de femmes maires. Dans les médias, les directions étaient occupées à plus de 80 % par les hommes. Autrement dit, les femmes travaillaient, votaient, participaient….. mais leur parole n’ était pas portée. »

Au nom de la loi

Des figures comme Françoise Giroud ou Simone Veil ont fait avancer « la condition féminine » sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Puis les années 1980 permettent de poser les bases d’un cadre professionnel plus égalitaire. « En 1983, une loi impose l’égalité professionnelle. Ce n’est plus une promesse, c’est une obligation. Yvette Roudy, ministre déléguée chargée des Droits de la Femme dans le gouvernement Mauroy, présente dès la fin 1982 un projet de loi relatif à cette égalité. Adopté en seconde lecture par l’Assemblée nationale le 13 juin, puis promulgué le 13 juillet, ce texte interdit toute discrimination professionnelle en raison du sexe et modifie en ce sens le Code du travail et le Code pénal. Il propose des mesures concrètes au sein des entreprises et institue un Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, chargé de définir et de mettre en place le principe et la politique de l’égalité dans le travail. »

Dans les médias, les expertes restent rares. « Quand on parle d’économie, de géopolitique ou de sciences, ce sont presque toujours des hommes sur les plateaux. » L’ égalité commence dans le droit, mais elle ne s’entend pas encore aux micros.

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Les années 1990 sont tournées vers la reconnaissance des violences faites aux femmes. « En 1992, le harcèlement sexuel devient un délit. Pour la première fois, la loi reconnaît que certaines paroles, certains comportements ne sont pas des blagues mais des violences. Pourtant à la télévision, on parle encore de drames passionnels pour désigner des femmes tuées par leur conjoint. Les mots comptent. Parce qu’ils façonnent notre manière de comprendre la réalité. »

Femmes aux responsabilités

Durant la décennie 2000, la parité change le paysage des représentations dans la vie publique. « La loi sur la parité oblige les partis politiques à présenter autant de femmes que d’hommes. Résultat, en 1997 : 10,9 % de femmes députées ; en 2017 : prés de 39 %. En 2024 : 369 hommes et 208 femmes ont été élus à l’Assemblée nationale. Après une forte augmentation du nombre de députées en 2017, puis un recul en 2022, la parité régresse à nouveau à l’issue des législatives anticipées qui ont suivi la dissolution. Pour la première fois depuis 50 ans, il y a proportionnellement moins de députées que de sénatrices. 348 sénateurs : 222 hommes, 126 femmes en 2023. »

Ce changement a un effet immédiat sur la visibilité de femmes aux responsabilités : plus de femmes élues implique plus de femmes invitées sur les plateaux télés. « Quand la visibilité change, l’habitude change. »

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En 2011, une autre étape majeure est franchie avec l’entrée des femmes favorisée dans les conseils d’administration. « Avant 2010, ceux des grandes entreprises comptaient environ 12 % de femmes. Après la loi Coppé Zimmerman imposant 40 % de femmes, on dépasse aujourd’hui 45 %. Cela signifie davantage de dirigeantes, d’expertes, de femmes légitimes pour parler économie dans les médias. Malgré cela, dans les journaux télévisés et la presse, les femmes ne représentent encore qu’environ un quart des experts interrogés. La loi avance vite, les mentalités un peu moins. »

Post Me Too, le combat continue

En 2017, la parole se libère avec #MeToo, « mouvement initié par Tarana Burke amplifié après les révélations sur Harvey Weinstein. Des milliers de femmes racontent leurs expériences. En France, les signalements pour violences sexuelles augmentent de plus de 30 %. Les appels au 3919 explosent. Le mot féminicide entre dans le langage courant bien qu’au niveau juridique il ne soit pas inscrit en tant que tel dans le code pénal. Ce qui était tu devient dit, ce qui était privé devient politique ».

Les lois se succèdent, poussées par des prises de parole massives. « 2018 : loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles. 2021 : clarification juridique sur l’inceste. 2022 : délai de l’IVG porté à 14 semaines. 2024 : liberté d’avorter inscrite dans la constitution. »

Et maintenant ?

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« L’égalité progresse mais elle n’est pas achevée. Pourquoi la parole est si importante ? Parce que dans une démocratie, exister, c’ est être entendu. La parole transforme la loi, la loi transforme la société et la société transforme les médias. » En 40 ans, qu’avons-nous appris ? « Nous avons appris que l’égalité ne vient pas toute seule, elle nécessite des lois, des chiffres pour une meilleure prise de conscience, mais surtout d’être entendue. Pendant longtemps, les femmes ont été représentées, aujourd’hui elles prennent la parole. Et c’est cela peut-être la plus grande évolution de ces 40 dernières années, » affirme Valérie de Pauw au terme de ce voyage dans l’histoire récente des droits des femmes.

Femmes et hommes, ensemble. « En deux siècles, la France est passée d’un statut d’incapacité juridique des femmes à la reconnaissance de leur pleine citoyenneté ; du silence sur les violences à une politique publique structurée ; d’une égalité proclamée à une égalité progressivement opposable. Ces avancées ne relèvent pas d’une évolution naturelle. Elles sont le fruit de mobilisations sociales, de combats juridiques, de décisions politiques et d’une transformation profonde des représentations. » Et la déléguée départementale de conclure : « L’histoire des droits des femmes est une conquête continue, qui rappelle que l’égalité ne se décrète pas : elle se construit ensemble, par la parole des hommes et des femmes qui, ensemble, font évoluer la société ».