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Des regards au cœur du Périgord

Une exposition collective de photographes réunis par les territoires du Périgord
Une exposition collective de photographes réunis par les territoires du Périgord © H.C.
PHOTOGRAPHES. Dans l’intimité de personnes aidées à domicile en Ribéracois ou à la rencontre d’habitants impliqués autour de la Vézère, une exposition à Périgueux raconte une Dordogne authentique.

Les résidences de photographes organisées par l’agence culturelle départementale à travers la Dordogne de 2024 à 2025, ont tenu leur promesse. Sous le titre “Le territoire révélé”, depuis février et jusqu’au 30 avril, les travaux de huit créateurs sont réunis dans l’Espace culturel François Mitterrand à Périgueux. Ils exposent des regards loin des cartes postales du Périgord.

Nous avons choisi de rencontrer deux de ces photographes.

“Ombres claires” de Vincent Gouriou joue sur les clairs-obscurs pour suivre les journées d’auxiliaires de vie dans le Val de Dronne, entre Ribérac et Tocane. Ce quinquagénaire breton, à la fois créateur d’images et reporter du réel, s’est intégré durant plusieurs mois et au fil des saisons différentes dans des intérieurs de personnes âgées ou handicapées. «J’ai pu voir de près l’enjeu très important du maintien à domicile, dans ce département où l’on vit vieux. Il fallait montrer le travail de proximité assuré par des aides à domicile qui sont passionnées par leur métier d’aides aux autres. Il y avait la rencontre avec les personnes, mais ce qui m’intéressait beaucoup était de montrer les décors, la vie chez les gens… Dans ces maisons-là, il y a eu de la vie à travers des objets, qui rappellent leur passé et leur famille. »

Scènes intimes

Vincent Gouriou et son travail sur les auxiliaires de vie
Vincent Gouriou et son travail sur les auxiliaires de vie © H.C.

En lumière naturelle souvent ténue, avec ses boîtiers équipés d’objectifs de 35 à 50 mm qui représentent le cadrage du regard, il a photographié des scènes parfois intimes de la vie quotidienne. De la chambre à coucher jusqu’à la cuisine, en passant jusqu’à la salle de bain, il a capturé des milliers d’images. Il a pris le temps pour obtenir la confiance des habitants, ainsi que leur accord et celui de leurs proches, avant de les exposer devant le public.

De la Bretagne au Périgord, il n’a pas été dépaysé. « La ruralité je la connais. Finalement, on trouve beaucoup de connexions selon les régions. Par exemple avec ces fameuses blouses que portent partout ces personnes âgées… Je souhaitais montrer leur réalité. Une carte postale ne m’intéressait pas. » Il a rencontré derrière ses objectifs une cinquantaine de personnes, seules ou en couple, beaucoup de femmes et quelques hommes.

« J’ai été très bien accueilli par le CIAS, le centre intercommunal action sociale, pour qui il est important de valoriser ces métiers d’aides à domicile qui, pour beaucoup, sont effectués par des femmes. » Vincent Gouriou est impliqué dans ce travail documentaire qui lui a rappelé un précédent mené chez des agriculteurs LGBT dans le Massif central. « J’ai porté un regard sur l’invisibilité de certaines personnes. Il faut le faire dans le respect et la douceur. Ces photos me concernent aussi personnellement. Il m’a renvoyé à ma mère qui a aujourd’hui 88 ans. Autrefois, elle a été aide à domicile. »

La Vézère hors cartes postales

“C’était le diable qui se vengeait”, titre donné à son travail, a entrainé Anne Leroy entre Montignac, les Eyzies et Le Bugue.Cette photographe quadragénaire qui vit à Paris a cependant quelques attaches familiales en Périgord. « La première difficulté était de se détacher des images idylliques portées par les offices de tourisme, par des personnalités politiques, par la communication… J’ai dû d’abord déconstruire ces images en prenant du recul. Avec ma double formation en photo et en sciences sociales, je suis allé chercher du côté de l’histoire et de la sociologie de ce territoire. Il n’avait pas cette image touristique au XIXe siècle, alors qu’il était un territoire pauvre et déclassé. La découverte de la grotte de Lascaux en 1940 a changé beaucoup de choses. »

la vallée de la Vézère ses personnages et ses paysages
Anne Leroy a travaillé sur la vallée de la Vézère ses personnages et ses paysages © H.C.

Invitée par le pôle d’interprétation de la préhistoire qui porte le grand site de France vallée de la Vézère, elle est partie en découvrir les coulisses. Elle y a rencontré celles et ceux qui font les fac-similés de Lascaux ou qui guident de manière originale les visiteurs dans Lascaux IV, les sites méconnus comme la grotte privée de Bernifal, les points de vue depuis les falaises qui écrasent la vallée aux Eyzies, les réserves archéologiques… Elle a été très sélective dans son travail. « J’ai une pratique d’enquête sur le terrain et besoin de beaucoup discuter avant de prendre des photos. J’ai voulu comprendre comment on met en spectacle et on valorise cette vallée. »

Anne Leroy a donc suivi Julien qui fait des visites contées en costume de préhistorique. « Je trouve que c’est très fort de porter ces récits, qui contribuent au magnétisme de cette vallée. J’étais réticence par cette idée. Mais j’ai été très affectée par tout ce qu’on trouve dans ces grottes. Même dans les moins connues, comme celle de Bernifal aux Eyzies. Michel, son guide, y arrive en scooter. Il enlève juste son casque pour accueillir les visiteurs (évocation à retrouver aussi dans un livre formidable, Ndlr). La magie de ce lieu tient aux personnes qui le racontent. J’ai par exemple aussi rencontré deux jeunes qui viennent d’ouvrir un snack dans une rue de Montignac. Ou Mouna qui fait du ménage dans les sites touristiques »

Le foisonnement des images doit être décrypté. « Les points de vue se juxtaposent, entre des châteaux et des parcs de loisir. Dans Lascaux IV, un lieu un peu cathédrale avec ses murs en béton, il se passe une émotion. À La Roque Saint-Christophe ou à La Mouthe, les points de vue sur la vallée sont impressionnants. » Et le diable dans tout ça ? Il se cache souvent dans les détails.

En marge des sentiers battus

© Agence culturelle Dordogne Périgord

L’exposition “Le territoire révélé” est présentée gratuitement pour tous les publics jusqu’au 30 avril à Périgueux. Avec les œuvres de Frédérique Bretin, Vincent Gouriou, Christophe Goussard, Kritof Guez, Laura Lafon Cadilhac, Anne Leroy, Jean Noviel, Fausto Urru.

Ouverte du mardi au samedi de 14 heures à 18 heures, sauf jours fériés, avec des ateliers et des animations certains jours. Avec voir sur culturedordogne.fr