Dans le paysage de la création contemporaine qui demande parfois des efforts de compréhension au public, « la photo est le médium qui parle au plus grand nombre », reconnaît Pierre Ouzeau. Directeur artistique des projets de territoire à l’agence culturelle départementale, cet ancien photographe est le commissaire de l’exposition “Le territoire révélé”. Elle s’installe du 7 février au 30 avril dans l’espace culturel François Mitterrand à Périgueux, avec la présentation de 150 images de huit photographes passés en résidences de création en Dordogne.
Entre 2024 et 2025, chacun a été accueilli dans un secteur du département, par une collectivité, pour travailler sur un projet particulier, avec un discours bien lisible pour le public. Si la plupart ont déjà présenté leur travail localement, l’exposition collective programmée à Périgueux est inédite et une première pour sa diversité. Leurs sujets concernent autant des habitants que des paysages, chacun avec un fil rouge.
En suivant des aides à domicile
Frédérique Bretin vit en Dordogne, à Calviac-en-Périgord. Elle a travaillé dans des espaces inexploités de la vallée de la Dordogne, documentant des lieux délaissés, des territoires refuges de la diversité. Ses paysages colorés découverts entre Belvès et Carlux ont des airs de jardins en friche où la nature joue les paysagistes.

Vincent Gouriou, qui vit à Brest, a été accueilli par le centre intercommunal d’action sociale du Val de Dronne, qui s’occupe de personnes âgées avec des aides à domicile. Il a travaillé dans leur intimité en clair-obscur, mettant en scène des duos entre aidants et aidés.
Christophe Goussard, venu de Gironde, a travaillé à La Roche-Chalais sur la rivière Dronne. Il a photographié les paysages sauvages parfois habités par quelques personnages des alentours qui ont un lien particulier avec la rivière. C’est l’une de ses photos qui a été choisie pour l’affiche de l’exposition.

Kristop Guez est le deuxième périgourdin de l’exposition. Il a opéré dans la vallée de l’Isle, à la recherche des anciens paysages industriels, parfois à la manière de l’urbex. Il a déjà présenté son travail sophistiqué, souvent mis en scène, au musée Voulgre de Mussidan.
De Bernifal à Vauclaire
Laura Lafon Cadihac travaille à Paris et a été accueillie sur la commune d’Eymet. Elle a proposé le projet ”Aimer manger”, en rencontrant des habitants dans leur domicile pour partager et photographier leurs repas. Elle raconte aussi ces rencontres par écrit.

Anne Leroy, venue de région parisienne, était invitée par le pôle d’interprétation de la Préhistoire pour raconter en images la vallée de la Vézère. Elle a documenté la grotte de Bernifal, comme l’atelier des fac-similés du Périgord ou des réserves archéologiques au château de Campagne.
Jean Noviel, de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, a promené son appareil photo sur le site de l’hôpital psychiatrique de Vauclaire. Un travail composé d’images discrètes pour recréer une ambiance de ce lieu en principe fermé.
Fausto Urro, basé à La Rochelle, est arrivé à Montcaret avec son imposante chambre photographique. Il est parti à la rencontre des gens et de lieux en zone blanche sur les cartes, dans des paysages considérés comme inintéressants, c’est lui qui le dit ainsi.
Deux siècles de photographies
En bonus, sur les cimaises d’un couloir voisin de l’exposition principale, seront présentées des images issues de différents travaux issus du FDAC, le fonds départemental d’art contemporain. Ce sera une manière de commencer à fêter le bicentenaire de l’invention de la photo qui s’étendra entre 2026 et 2027, les dates des premiers clichés réalisés par Nicéphore Niepce. L’invention de la photo et de son nom est actée en 1839 avec les images de Louis Daguerre.
• L’agence culturelle départementale de Dordogne est l’une des deux seules qui existent en Nouvelle Aquitaine. Elle opère dans les arts vivants et visuels, ainsi que pour la culture occitane.









