Aconit, cette fleur de montagne entre dans la fabrication de produits d’anesthésie. La signature choisie dit bien d’où viennent les créateurs de cette entreprise de formation. Deux infirmiers anesthésistes en poste à l’hôpital privé Francheville, Aymeric Fardel et Laurent Germain, ont eu l’idée d’ajouter à leur parcours de soignant une dimension de transmission, ceci après que la période Covid les a mis en présence d’organisations différentes, celles d’autres services de la clinique et en renfort au centre hospitalier de Périgueux. L’occasion d’échanger des compétences, de diffuser des savoir-faire en interne, de rencontrer des pairs. « À la suite de ça, on s’est dit qu’il fallait renforcer la formation, parce que c’est un rempart magnifique contre les burn-out et les carrières courtes… La durée d’exercice d’une infirmière se réduit de plus en plus, elles arrêtent par épuisement et diverses raisons. »

Eux deux avaient repris des études pendant deux ans pour obtenir la spécialité d’infirmier anesthésiste, ils croient aux vertus de la formation et pensent que « c’est pour ça qu’on est encore à fond dans notre travail ». Pour partager le contenu des formations auxquelles ils pensent, ils imaginent d’abord une possibilité au sein de la clinique, « entre nous, en interne », mais c’était compliqué de s’ajuster dans les plans de formation établis par l’établissement. Alors pourquoi ne pas créer un outil de formation ? « On s’est renseigné, on a découvert le nécessaire système d’accréditation Qualiopi et on s’est lancé malgré l’ampleur de la tâche, en plus de notre travail. On a mis un an à préparer les process de formation, la première était destinée aux infirmières en salle de réveil », le passage obligé après toute intervention.
Mises en situation
Les deux soignants conçoivent et animent ces modules au sein de l’organisme qu’ils ont créé. Ils cultivent le lien tissé au sein de la clinique, la particularité de « former les infirmières par nous qui travaillons avec elles, faire participer les médecins, créer du lien ». Ce premier module fut un succès, « tout le monde était satisfait». Alors ils ont élargi le champ d’action car la demande est venue à eux. « On était partis pour faire une formation uniquement pour la salle de réveil. Puis on a constitué un petit catalogue pour les infirmières, proposé aux établissements de santé. » En tout premier lieu Francheville, parce qu’ils y travaillent au quotidien.
En un an, la structure s’est développée, avec plusieurs modules : salle de réveil, bientraitance, communication thérapeutique, prise en charge des urgences vitales (le plus stressant pour les infirmières) avec un mannequin de simulation et une mise en situation dans des chambres. « L’idée c’est de travailler sur place, avec les véritables problématiques de service et le matériel à disposition, en équipe, pour communiquer et trouver sa solution. » De quoi alléger le stress à des moments qui sont déjà très anxiogènes : sur le modèle des pilotes de ligne, l’entraînement et la simulation permettent une prise en charge efficace et une application quasi immédiate, dans les mêmes lieux et avec le même matériel.
Croiser les regards, créer du lien
Dans le cadre de la certification Qualiopi, une démarche qualité permet d’étudier les retours et de valider régulièrement les formations dans le cadre de certification pour la Haute autorité de santé (HAS) : les établissements sont audités, doivent répondre à des cahiers des charges. Former à l’urgence vitale, par exemple, apporte un plus à la clinique. « On est convaincus que la formation est un levier formidable pour les soignants, pour apaiser les tensions et redonner confiance. » Les deux infirmiers facilitent le parcours pour leurs collègues. « La formation est difficile à placer dans les plannings, les établissements de santé travaillent en tension, il y a les réalités de terrain pour le personnel, alors on s’est dit qu’on pouvait proposer une prestation sur place. »

Tous deux sont employés par le cabinet des chirurgiens anesthésistes et non par la clinique, une configuration assez classique dans le milieu médical : ils travaillent dans l’établissement sans compter dans ses effectifs. « Je connais bien la clinique car j’y ai travaillé dix ans comme infirmier, avant de me spécialiser, poursuit Aymeric Fardel. Je m’occupe en parallèle de tout ce qui est accès veineux, l’installation des dispositifs pour les patients qui ont besoin de recevoir un traitement sur le long terme et le contrôle de soins. Celui-ci nécessite un suivi assez important pour que tout se déroule bien, sans infection ni complication, du début à la fin, avec par exemple un pansement toutes les semaines, des rinçages, beaucoup de manipulations… On a proposé une formation dédiée à l’entretien de ces cathéters, on a eu des résultats immédiats là où on m’appelait huit fois par semaine pour déboucher un cathéter. On s’est dit qu’il serait utile de proposer aussi cela aux infirmiers libéraux. On ne prend pas en charge le patient de la même façon à domicile ou dans un établissement de santé adapté, il y a d’autres problématiques. En mettant tout le monde autour d’une table, chacun prend conscience des limites des uns et des autres, des avantages et des inconvénients.»
Les professionnels ne sont pas toujours à l’aise avec ce soin que le formateur aide à dédramatiser. « Quand il y a un début de dysfonctionnement, on est prévenus tout de suite, donc on réduit les complications : c’est essentiel pour celui qui subit, car pour des patients en chimiothérapie cela peut aboutir à des retards de traitement et ce n’est jamais bien de décaler. »
Au bénéfice du patient
Tout cela bénéficie bien sûr au patient. « L’intérêt consiste à créer du lien autour du patient. Quand il est confronté à un cancer, il a aussitôt un agenda de ministre, différents rendez-vous et intervenants. À notre petite échelle, via la formation, on essaie de fluidifier les relations pour mieux travailler ensemble : on pose le dispositif au patient en sachant que l’infirmière qui le prend en charge chez lui, on la connaît, on l’a eue en formation, on a échangé nos coordonnées et elle peut nous contacter en cas de difficulté, on est leur référent. C’est rassurant pour nous aussi, on sait que le patient est entre de bonnes mains.»
À Périgueux, deux établissements posent ces dispositifs, l’infirmière libérale n’a pas à s’occuper de savoir lequel suit son patient. Une infirmière anesthésiste de l’hôpital a rejoint le duo pour participer à la formation et parler d’une même voix : les protocoles et le matériel sont différents mais l’idée est de porter un message commun.
Les deux formateurs ont repassé des certifications Développement professionnel continu pour entrer au catalogue à destination des libéraux, qui ont obligation de se former. L’offre pour les libéraux est proposée depuis un an, la troisième session a eu lieu début décembre. « On a des super retours. Quitte à faire plus de sessions, on s’est fixé une limite de 10 participants maximum. » 35 à 40 infirmiers libéraux ont été accueillis en un an, formés sur le territoire, en proximité, dans l’idée de travailler ensemble, « ils viennent de tout le département, majoritairement des professionnels qui exercent à la campagne ». Les formations se déroulent à la Bandeja sur une journée complète, « on déjeune ensemble, on sort du cadre médical, il y a une partie théorique et des exercices de simulation, on apporte du matériel, des échographes »
Une offre adaptée

Laurent Germain et Aymeric Fardel, selon la thématique, animent les formations ensemble ou chacun son tour. « Pour celles avec les simulations sur le mannequin, il vaut mieux être deux. » Pour la communication et la bientraitance, c’est plutôt Laurent Germain, pour les accès vasculaires plutôt Aymeric Fardel. Les thèmes sont déterminés en fonction de leur expertise et des besoins détectés. « On réfléchit pour en ajouter cette année. »
Aymeric Fardel fait aussi intervenir l’un des médecins anesthésistes pour lequel il travaille : « le cabinet a participé à la création de l’organisme de formation, ils ont été un soutien pour bien faire les choses en nous présentant avocat et comptable, ils nous ont aidés à nous lancer pour acheter un peu de matériel et vérifient chaque contenu pédagogique car le cabinet est référent dans la pose de cathéters et bénéficie ainsi d’un personnel mieux formé». Les deux infirmiers formateurs sont devenus chefs d’entreprise et continuent d’apprendre ce deuxième métier, en plus de celui où ils restent des éléments moteurs.
Comme toute entreprise, cet organisme de formation a vocation à se développer et à accueillir d’autres formateurs. « On est audités quasiment tous les ans et le dernier a montré que l’activité a augmenté en trois ans. On se dit avec mon collègue qu’on atteint une limite et qu’on ne pourra sûrement pas mener de front un surcroit d’activité. La solution sera de continuer ainsi puis d’arrêter, ou de recruter d’autres formateurs dans des domaines d’expertise différents en supervisant l’ensemble des formations… On ne pensait pas se poser ces questions si vite en termes de développement. Un troisième collègue infirmier anesthésiste, diplômé récemment, entre dans l’équipe et va commencer à s’occuper de certaines formations, on va retrouver un peu de temps. »
Personnalités dynamiques
Le patient ne sait rien de ce qui contribue, en coulisse, à améliorer sa condition. Cette démarche reste originale car elle va au-delà des besoins au sein de la clinique, où la formation interne se poursuit sans télescopages « Ce qu’on aime bien avec Laurent c’est créer du lien. Je fais beaucoup de remplacements au sein de la clinique, j’aime voir ce qui se passe ailleurs, c’est très formateur dans ma pratique. Laurent a une démarche identique, il s’était déjà essayé à la formation dans un organisme plus important. » Tous deux interviennent aussi à La Lande, établissement du groupe dédié à la rééducation. « On croit au travail sur place, pour ne pas chercher ailleurs ce qu’on peut faire localement, avec la connaissance du terrain : c’est notre plus-value, on connaît, on est disponible, on revoit tous les gens qu’on a formé, ils ont notre numéro, quelque chose se crée en local et au quotidien, c’est un confort. »









